couverture de neurocop

Michael Smith, plus grand boxeur de tous les temps, s’apprête à affronter son idole sur le ring… morte trente ans auparavant.


– Allez mon garçon, plus vite !

La voix ferme du coach résonnait dans le gymnase. La salle immense était plongée dans l’obscurité. Seul le ring de boxe, au centre, brillait sous les néons.

Dans son short doré, gants rouges autour des poings, Michael Smith frappait dans les pattes d’ours aussi vite que possible. À l’impact, des gouttes de la sueur qui lui coulait sur le corps étaient éjectées et scintillaient dans la lumière.

Droite, droite, gauche, droite, gauche, gauche, esquive, crochet du gauche, …

– Voilà, c’est bien ! Là on est d’accord !

Six chiffres zéro se mirent à clignoter à travers la peau de la main gauche de l’entraîneur. Le compte à rebours était terminé.

– Stop !

Michael s’arrêta et poussa un grognement de fauve. Il fit deux pas et s’appuya sur les cordes pour reprendre son souffle.

Le coach tapotait le dos de sa main pour réinitialiser l’implant. Sous sa peau, la lueur disparut. Il s’approcha de son poulain et lui passa le bras par-dessus les épaules, sans faire attention à la sueur. De toute façon, lui aussi en était couvert, à travers son vieux sweat.

– Alors ? demanda le boxeur.

– Cent-vingt-et-un. C’est un peu moins bien qu’hier.

– Merde !

– Qu’est-ce qui ne va pas Mike ? Ne me dis pas que tu stresses ?

Michael soupira. Depuis plusieurs jours, il était en proie à des cauchemars. Non seulement il dormait mal, mais leur fréquence avait fini par le maintenir dans un état d’alerte avant de s’endormir. Il restait de longues minutes les yeux grands ouverts, couché dans son lit. Il était stressé, oui. Mais pas pour le combat. Il avait peur de s’endormir… et il en avait honte.

– Écoute, on en a déjà discuté, dit le coach. Ce combat est le plus attendu de tous les temps. Mieux que le combat du siècle, c’est… le combat du millénaire. Alors je veux bien que ça te stresse, mais de une, transforme ce stress en rage, comme tu l’as fait pour être champion du monde, hein ? et de deux… bon sang, ce ne sera pas un humain en face de toi ! Je sais que t’as grandi avec des fonds d’écran d’Ahmal partout, et moi aussi ! Mais ce type est mort il y a trente ans, Mike… sur le ring, ce ne sera qu’une imitation.

Michael s’engouffra dans le mensonge plutôt que d’avouer sa faiblesse. La perche tendue par son entraîneur était trop facile à saisir.

– Je sais coach, je sais. Mais même si ce n’est qu’un clone, ça reste le plus grand champion de tous les temps. Et puis les autres ont bien été battus…

– Hé. Je veux bien que le clone de Jordan ait de nouveau eu tout le monde au basket… mais il avait une équipe de vrais joueurs avec lui ! Le clone de Bolt par exemple, s’est fait battre !

– Oui, mais Fosbury a gagné.

– On peut faire toute la liste comme ça, ça ne changera rien. Je dois vraiment te refaire ton CV ? Tout le monde croit en toi. Ta famille croit en toi, je crois en toi. Et c’est pas en te montrant défaitiste comme ça que t’as gagné tes putains de ceinture. Des gens sont prêts à payer une fortune pour assister à ce match, Mike. Tu peux prendre ta retraite et assurer quatre générations de ta descendance de vivre la belle vie en ayant cinq enfants chacun, avec ce pognon. Penses-y !

Le champion hocha la tête. Ils descendirent du ring et disparurent dans l’obscurité du gymnase pour rejoindre les vestiaires.

Mike aurait voulu appeler sa famille, mais il savait très bien qu’on ne lui rendrait pas son téléphone. La dernière semaine avant un match était l’occasion de se concentrer, de se ressourcer. Aucune distraction n’était permise.

Une fois douché, Michael se rhabilla et se mit en route pour gagner son logement. Dehors, il faisait froid, très froid. Le gymnase et les petites maisons attenantes étaient perchés au sommet d’une montagne, comme des intrus au milieu d’une nature sauvage. Tout autour, plongés dans l’obscurité, des pics rocheux étaient pointés vers le ciel, dont Michael ne pouvait pas encore voir les étoiles.

Il ferma la porte derrière lui, ajouta du bois dans le poêle. Il se dépêcha d’aller chercher une couverture, ouvrit le frigo, et en sortit le plat du jour dans sa cloche. Tous les apports nutritionnels avaient soigneusement été évalués. Mike pressa la commande du couvercle pour que la nourriture se réchauffe, et s’installa dans le canapé.

La vie était rude, ici. Pas de médias, pas de contact avec d’autres humains que le coach. Il n’y avait que lui, l’entraîneur, et le ring. La retraite, le calme avant l’orage. L’orage, c’était ce combat, le plus important de toute sa carrière, sans doute le plus important de la carrière de qui que ce soit. Dans un peu moins de deux jours, l’hélicoptère de la ligue viendrait le chercher au sommet de la montagne, l’emmènerait en ville, où il affronterait son idole Hamza Ahmal, dont un journaliste avait dit de son vivant qu’il avait rendu anecdotiques les carrières combinées d’Ali et de Mayweather. De l’exagération, sans doute… mais la réputation avait survécu à l’homme.

Le couvercle bipa, Michael commença à manger. Il pensa un court instant au clone d’Ahmal, qui devait être quelque part en phase de conception terminale, dans un bocal, électrostimulé pour retrouver la musculature de l’original. Ou l’avait-on déjà fait sortir de son bain ? Sa croissance accélérée serait suivie d’une dégénérescence accélérée. Quelques jours après le combat, le clone aurait déjà vieilli… puis il mourrait comme les autres.

Tout en mangeant, Michael aperçut quelque chose d’étrange face à lui. Il y avait un miroir, de l’autre côté de la pièce. Il se leva, fit le tour de la table basse, se pencha… Et vit le visage d’Hamza Ahmal le regarder à sa place.

Mike hurla, se réveillant en sursaut. Il était assis dans le canapé, et avait dû s’endormir. Il jura lorsqu’il vit qu’il avait renversé le plateau de nourriture sur le sol. Rien d’autre n’était prévu pour le repas. Ce soir, ce serait la diète.

Avant même de nettoyer, il se leva et alla observer son reflet dans le miroir. Il y vit son visage, évidemment. Jugeant qu’il devait être épuisé, il ramassa la nourriture et partit se coucher.

Le lendemain, Michael avait de nouveau mauvaise mine. C’était de pire en pire. Le coach choisit de ne rien lui dire, et l’emmena faire son jogging en forêt en le suivant à vélo. Mike était plongé dans ses pensées, il ne dit pas un mot de toute la course. La journée s’enchaîna pratiquement sans échange entre l’entraîneur et lui. Elle s’acheva dans le noir et le froid, comme la veille. Et de nouveau, elle se ponctua par un cauchemar.

Michael se réveilla avec le sentiment d’être en train de se noyer, se débattant dans les draps à la recherche de l’air qui l’entourait pourtant. Assis sur son lit, en sueur, il mit plusieurs secondes à reprendre ses esprits. Les images lui revinrent, peu à peu… il se souvint du liquide qui l’entourait, vert, lumineux. De fines bulles glissaient le long de son corps. Il se souvint avoir tendu les bras, plaqué les mains sur une paroi, et vu des silhouettes l’observer, des silhouettes qui n’étaient pas dans le liquide. Mais lui commençait à étouffer car l’eau commençait à lui rentrer dans la bouche. Il inspira, sa gorge se remplit d’eau…

Mike se redressa, fila à la salle de bain. Qu’est-ce qui était en train de lui arriver ? Il remplit ses mains d’eau froide qu’il jeta sur son visage brûlant. C’est là, à la lumière d’appoint du miroir, qu’il remarqua sur sa tempe gauche un cheveu gris.

– Allez mon garçon, plus vite !

Michael frappa aussi vite et fort qu’il put.

– Tu crois qu’il ne va pas essayer de t’avoir hein ? Allez accélère ! Accélère bon sang !

Le coach finit par lever les yeux au ciel et jeter la patte d’ours sur le ring.

– Qu’est-ce qui se passe Mikey ? Hein ? J’ai l’impression que tu te détaches de ton objectif là, mais c’est ton dernier combat putain ! Je dois te secouer comme un débutant alors que tu es le meilleur boxeur que la Terre ait porté !

Mains sur les genoux, Michael reprenait son souffle.

L’entraîneur jeta un essuie à son poulain.

– Va te rhabiller, et viens dehors avec moi. On va discuter.

– Coach, je…

– Pas de discussion.

Le boxeur obéit. Cinq minutes plus tard, frissonnant dans ses survêtements, l’entraîneur et son champion se retrouvaient dehors, face aux montagnes. Le soleil était en train de disparaître derrière elles.

– Je ne veux pas que vous croyez que je me fiche du combat, coach. Loin de là.

– Alors tu vas m’expliquer ce qui se passe, bordel ? Le match, c’est demain !

Michael soupira. Il allait bien falloir qu’il dise quelque chose. L’entraîneur dit :

– On se connaît depuis combien de temps, fils ? Vingt-cinq ans ? Et on dirait que tu ne me fais pas confiance.

– Bien sûr que si.

– Alors raconte-moi ! Qu’est-ce qui t’arrive, Michael ?

Le boxeur déglutit, regarda le soleil disparaître définitivement derrière le roc.

– Je me pose quelques questions, dit-il enfin.

– Quel genre ?

– À propos du clone.

L’entraîneur eut l’air agacé.

– Le clone, le clone… On s’en fout du clone. Tu ne devrais pas te soucier de…

– Mais je veux savoir ! l’interrompit-il.

– Bon. Je t’écoute. Mais je n’ai pas forcément réponse à toutes les questions, hein, je ne suis pas un putain de chimiste ou je ne sais quoi.

– Le clone, commença Michael, il vit quelques jours, c’est ça ?

– Oui, à son apogée le jour du combat, puis il vieillit et meurt.

– Et pour sa croissance, il est électrostimulé, c’est ça ?

– Tu le sais bien. Avec le même genre de merde que ce pourquoi tu as fait la publicité l’année dernière, tu te souviens ? Pour la vente en ligne.

Michael ne répondit pas, il continua directement avec ses questions :

– Coach… Pour les quelques jours où il est en vie, est-ce que le clone est confiné ?

– Je… je crois oui. J’imagine…

– Pour pas qu’il ne disparaisse dans la nature ?

– Il mourrait en quelques jours de toute façon.

– Pourquoi alors ? C’est parce qu’il ne sait pas lui-même qu’il est un clone ?

– Je ne vois pas où tu veux en venir…

– Coach, continua le boxeur, les clones se réveillent avec des souvenirs implantés artificiellement. On les confine, ils ne savent pas qu’ils sont des clones. Ils se battent, un combat comme un autre pour eux, ou un match comme un autre. Puis ils rentrent je ne sais pas où, et on les laisse mourir tranquillement…

– Mais bon sang, Mikey, qu’est-ce que tu me veux ?

– Rien.

Silence. Il fallut quelques longues secondes pour que Michael ne le rompe.

– Je trouve juste ça triste pour eux. Ils sont confinés, un peu comme moi ici. Sauf qu’ils ne savent pas que sont des clones, et qu’ils vont bientôt mourir.

Il se retourna vers son entraîneur.

– Qu’est-ce que vous en pensez, coach ?

L’ancien champion n’était plus vraiment à l’aise derrière sa barbe de trois jours. Il bredouilla une réponse incompréhensible. Puis il dit :

– Je pense qu’il faut que tu te reposes, fils. Et que tu arrêtes de penser à tout ça. Couche-toi tôt, ça va te faire du bien.

Le boxeur le laissa, retrouva la maisonnette qui était la sienne, en haut des montagnes. Il avait envie de dormir, mais savait qu’il n’y arriverait pas. Il mit un peu de bois dans le poêle, comme ces derniers jours, pour réchauffer l’endroit. Mais il préféra ressortir et marcher un peu. Ça ne pouvait pas lui faire de tort.

Michael prit le même chemin que celui sur lequel il pratiquait la course à pied, tous les jours depuis le début de la retraite. Ses pensées étaient trop bruyantes… il se mit à courir pour tenter de les faire taire.

Il était là, seul dans la montagne, à courir entre les arbres. Près d’une semaine qu’il n’avait pas croisé un autre humain que le coach. Pas de connexion à internet, pas de téléphone. Ce qui l’empêchait de dormir, c’était de se demander en permanence si ses souvenirs étaient bien réels. Tous ses titres, toute son enfance, tous ses entraînements avec le coach… Et si tout ça n’avait pas existé pour de vrai ?

Michael se mit à sprinter dans le noir, entre les sapins. Il courut vite, de plus en plus vite… et finit par tomber. Après quelques roulades dans les ronces qui l’écorchèrent un peu partout et lui déchirèrent les vêtements, il se décida à rentrer.

Par miracle il ne se trompa pas de chemin… sauf vers la fin. Il arriva sur le site d’entraînement par l’arrière du gymnase. Il devait le contourner pour retrouver son gîte. C’est en en faisant le tour qu’il tomba sur son entraîneur, de dos, au téléphone. Michael recula d’un pas, restant caché derrière le coin du bâtiment.

– … Écoutez, disait-il, je vous dis qu’il pète un plomb. Il pose toutes sortes de questions…

Le cœur de Michael battait plus vite qu’avant un combat.

– J’ai peur qu’il se laisse distraire et qu’il fasse une connerie.

Il y eut une pause, mais le boxeur était trop loin pour ne serait-ce que deviner la voix de l’interlocuteur.

– Oui… Je comprends oui… Non, non, il se battra. On fera tout pour qu’il se batte, évidemment.

Le coach entendit un bruit dans son dos. Il se retourna, mais ne vit rien. Il s’avança jusqu’à l’angle du mur… il n’y avait personne de l’autre côté.

– Je vous rappelle plus tard, conclut-il avant de raccrocher.

L’entraîneur regarda à gauche, à droite. Il finit par aller se coucher.

Le lendemain matin, Michael avait disparu. Le coach était entré dans la maisonnette de son poulain tandis que dans son dos, près du gymnase, l’hélicoptère de la ligue venait d’atterrir. Mike n’était pas dans le petit salon. L’entraîneur craignait le pire. Il finit par retrouver le boxeur à la salle de bain, en train d’inspecter ses cheveux.

– Bon sang, Michael ! Qu’est-ce que tu fabriques ?

– J’ai un cheveu gris.

– Tu as trente-neuf ans, c’est normal ! Allez, prépare tes affaires.

Le coach ne l’avait jamais vu aussi peu concentré. Il était six heures du matin. Dans quatorze heures, il monterait combattre sur le ring, et il était là à inspecter ses cheveux…

Les deux hommes finirent par prendre l’hélicoptère, qui après plus d’une heure de vol les fit atterrir directement sur le toit du bâtiment où se tiendrait le combat.

Enfin, Michael eut un contact avec d’autres humains. Seule l’équipe technique était présente. Tous étaient intimidés par sa présence. Arrivés par le toit, un passage par les cintres s’avéra crucial. Le boxeur et le coach étaient accompagnés d’un technicien, t-shirt noir, micro casque sur la tête. Il les fit avancer sur une passerelle qui passait quarante mètres au-dessus du ring. La salle était immense, la plus grande dans laquelle Michael avait le souvenir d’avoir combattu.

– Il y a combien de places ? demanda-t-il.

– Soixante mille.

Le ring paraissait si petit…

– Ça va ? demanda le technicien. Pas le vertige ?

Il attrapa un câble au bout duquel pendait un mousqueton.

– C’est par ici qu’on va vous faire descendre sur le ring.

Il pointa une lumière au bout de la passerelle.

– Vous voyez ça ? Quand elle passe au vert, c’est le signal qui dit que vous pouvez me rejoindre. Je vous équipe, vous vous laissez descendre. Un peu stressant avant un combat, mais vous en avez vus d’autres !

– Ça devrait le faire, hein Michael ? intervint le coach.

Le boxeur ne répondit pas.

– Monsieur Smith a besoin de repos avant son combat, assura l’entraîneur au technicien. Vous nous indiquez où se trouve sa loge ?

– Certainement.

Ils repartirent en arrière et descendirent plusieurs volées d’escaliers.

La loge était une suite luxueuse de quatre-vingt mètres carrés. Des piliers ornementés soutenaient le plafond couvert de miroirs. Le coach laissa Michael s’installer sur un gigantesque canapé, en face d’un large écran semi-transparent, et lui apporta à boire.

– Je vais devoir aller rencontrer la presse, Mikey, lui dit-il. Tu restes bien ici, tu te reposes… Prends un bain dans le jacuzzi, ce sera bon pour tes muscles. On viendra te chercher pour te préparer ce soir.

– OK coach.

L’entraîneur quitta son champion. La porte fermée, Michael enfouit son visage dans ses mains. Il tenta d’allumer l’écran en face de lui, mais il ne fonctionnait pas. Il fit le tour de la suite : pas d’ordinateur, pas de radio, pas de téléphone. Il était seul.

Il se coucha dans le divan et tenta de se convaincre que toutes ces pensées qui l’obsédaient n’avaient pas lieu d’être. Il se massa les paupières… puis ouvrit les yeux et rencontra son reflet du regard. Il scruta sa tempe gauche, mais il était trop loin. Le boxeur se leva et partit à la salle de bain. S’appuyant sur le marbre qui bordait l’évier, il se pencha vers le miroir. Il avait un deuxième cheveu gris.

La salle était pleine à craquer, bruyante, remplie de gens et de lumière. Les spots dans les cintres balayaient la foule tandis que sur le ring, le match précédant le main event se terminait. Lorsque sur les écrans géants s’affichèrent enfin le visage des deux combattants, gants aux poings, le bruit monta tellement que le technicien sur la passerelle se boucha les oreilles. Ils y étaient, enfin. Ahmal contre Smith. Le plus grand combat de boxe de tous les temps.

Sur le ring, face au micro, le commentateur en chemise blanche et nœud papillon appela d’abord Hamza Ahmal, qui entra en scène par l’un des couloirs, après la dissipation d’un écran de fumée. L’homme monta sur le ring les muscles gonflés, prêt à en découdre. La foule l’acclama.

Au bout de la passerelle, la lumière passa au vert. Le technicien fit un signe en direction de l’ombre, sur sa droite. Il était temps d’harnacher Michael Smith. Message dans l’oreillette :

– On a un problème.

– Qu’est-ce qui se passe ?

Le commentateur annonça Michael Smith en faisant durer les voyelles le plus longtemps possible. Sur sa passerelle, sous la chaleur des spots, le technicien n’entendit rien à la réponse de son collègue, tant la foule s’emballait.

– Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?

On finit par le rejoindre et lui crier à l’oreille.

La foule entonnait, brandissant le poing à chaque cri : Smith ! Smith ! Smith ! Smith !

La nouvelle passa dans toutes les oreillettes. Le coach, au bord du ring, finit par être mis au courant :

– On ne retrouve pas Smith, monsieur !

– Quoi ? Comment ça on ne le retrouve pas ?

– Il n’est pas dans sa loge, il ne semble pas être dans le bâtiment du tout, en fait.

Le vieux cligna des yeux, déglutit.

– Monsieur ?

L’entraîneur tomba à la renverse, main sur la poitrine.

– Monsieur Wilmont ?

L’infirmière ne reçut pas de réponse.

– Coach Wilmont ?

Dans son lit d’hôpital, l’entraîneur maugréa, puis se redressa. Il sembla découvrir son environnement, depuis la chambre jusqu’au mobilier et à la panoplie d’appareils auxquels il était branché. Il avait l’avant-bras complètement pansé.

– On va rester calme, d’accord monsieur ?

– Vous avez retrouvé Michael ? demanda-t-il d’emblée.

– Je ne suis pas la police, monsieur. Je ne sais pas.

Le vieux fit mine de sortir de son lit. L’infirmière l’en empêcha.

– Vous avez besoin de vous reposer.

C’est à ce moment qu’il remarqua ses pansements.

– Vous m’avez enlevé mon implant ?

– C’est obligatoire au cas où il aurait fallu vous faire une IRM.

Par chance, il était resté accro à des technologies plus anciennes.

– Mon téléphone, où est-il ? grogna-t-il.

Il vit l’appareil sur le guéridon et alluma l’écran. Huit-cent messages. Boîte vocale pleine. Mémoire de l’appareil pleine. Les sponsors, les organisateurs, les chaînes de télé, la presse… La police devait avoir craché le morceau. Il remarqua la date…

– Mais… Je suis ici depuis deux jours !

– C’est pour ça que je vous dis qu’il faut vous reposer !

Un policier entra dans la chambre. Au vu de l’état impeccable de son uniforme et des galons qu’il portait aux épaules, il devait s’agir de quelq’un d’important.

L’infirmière s’éclipsa.

– Monsieur Wilmont, je présume ?

– C’est moi. Où est-il ? Qu’est-ce qui se passe ?

Le policier enleva ses lunettes.

– Je suis le commissaire divisionnaire Haquin. J’ai une triste nouvelle à vous annoncer.

– Qu’est-ce que vous voulez dire ? Vous… vous l’avez retrouvé ?

– On a retrouvé Michael Smith. Il s’est débrouillé le soir du combat pour se faire transporter jusqu’à Saint Jean.

– Le cimetière ?

– Le cimetière des célébrités, compléta le commissaire.

– Et alors ?

– Il s’est suicidé sur une tombe qui porte son nom.

L’entraîneur éclata en sanglots.

– C’est pas vrai ! C’est pas vrai !

Il criait de plus en plus fort et pleurait toutes les larmes de son corps. Le policier fit ce qu’il put pour le consoler.

Michael Smith avait mis fin à ses jours en s’ouvrant les veines, persuadé de dépérir dans les jours qui allaient suivre. Mais Michael Smith était un nom très commun.

Quelque part bien plus loin, au fond d’un labo à la localisation secrète, des scientifiques laissèrent mourir le clone de Hamza Ahmal sans lui donner la moindre explication. Cela ne dura pas une semaine.

Le combat du millénaire n’aurait pas lieu.


Une scène de fin inédite à cette nouvelle est disponible ici.

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