Je l’ai fait, ça y est. J’ai écrit et publié cinquante-deux nouvelles en cinquante-deux semaines. Et maintenant ?

Je me rappelle encore très bien de mon état d’esprit il y a un peu plus d’un an. À l’époque, j’étais plutôt déçu de moi-même en tant qu’auteur, notamment au vu de la lenteur de ma production : une dizaine de nouvelles publiées en l’espace de quatre ans. Certains de ces textes avaient connu un petit succès, modeste bien sûr (je considérais déjà la réception de commentaires comme un petit succès), et si j’en étais fier, je commençais à l’être de moins en moins vis-à-vis de l’ancienneté de certains d’entre eux.

Dans mon activité d’auteur auto-édité, la promotion (de textes anciens) avait pris une part majeure. J’en ai eu assez. Fini de se prendre pour une écrivain : maintenant, il fallait écrire. Il fallait écrire et il fallait le faire beaucoup, longtemps ; s’y jeter à corps perdu, s’y noyer l’esprit. C’est là que j’ai repensé à Ray Bradbury et à sa recommandation : mieux vaut passer un an à écrire une nouvelle par semaine plutôt qu’à essayer d’écrire un roman, car si le roman s’avère mauvais on aura perdu une année de travail… alors qu’il est presque impossible d’écrire cinquante-deux mauvaises histoires d’affilée. Cette recommandation, cette incitation, quelques auteurs l’ont transformée en véritable défi d’écriture. C’est la version de Neil Jomunsi que j’ai connue en premier, un des seuls (sinon le seul ?) francophone à avoir au moins une fois tenu le rythme. Le « Projet Bradbury » était son Bradbury challenge. Il me fallait le mien. Ainsi sont nés les Horizons parallèles.

J’ai écrit quelques idées de nouvelles durant l’été, cherché un nom, des visuels, réfléchi à une stratégie pour les couvertures… et me suis lancé. Du premier septembre 2018 au 31 août 2019 sont sorties cinquante-deux nouvelles d’anticipation, ou plutôt quarante-huit nouvelles et une mini série en quatre épisodes. Cinquante-deux textes, quoi qu’il en soit.

Ce que j’ai appris du projet

La préparation est cruciale

Une part importante du projet a été la recherche, à l’avance, de sujets pour les nouvelles à venir. La préparation idéale nécessite trois ingrédients de base qui permettent, le jour J, de parvenir à écrire une nouvelle :

1. Un contexte initial : un monde où telle technologie est disponible, où les gens ont telle habitude, où il est possible de faire ceci ou cela

2. Une « intrigue » : que se passe-t-il, dans ce monde ? quelle est l’histoire à raconter au sein de cette enveloppe ?

3. Une chute : comment l’histoire doit-elle finir ? que peut-il se passer d’original pour clore cette intrigue ?

Parfois, certains contextes sont extraordinaires, mais impossible d’y envisager une intrigue. D’autres fois, on démarre sans chute en espérant qu’elle vienne en cours de route. D’autres fois encore, on commence avec ces trois ingrédients mais on écrit presque tout autre chose.

La presse de vulgarisation scientifique a été cruciale dans la recherche de sujets. Malgré cela, il est arrivé un moment où l’écriture a rattrapé ma recherche d’idées, et où il a fallu à la fois trouver un sujet et écrire une nouvelle dans la semaine. Croyez-moi, c’est bien plus difficile à gérer, ne serait-ce qu’en termes de pression.

L’auto-publication est un moteur

Se fixer un défi est une chose. Le rendre public en est une autre. En rendant public le projet *Horizons parallèles*, j’en ai fait autant avec les termes du « contrat ». Ce faisant, il est devenu inenvisageable de passer une semaine sans publier.

Il y a, bien sûr, des moments plus difficiles que d’autres. Dans ceux-là, par la force des choses, on apprend. J’ai appris à anticiper la longueur écrite de certains pans d’histoire et à ne pas me lancer dans leur écriture si le temps risquait de manquer. Viser grand ou viser petit en fonction des ressources disponibles, voilà quelque chose que j’ai appris.

Les tergiversations n’ont pas lieu d’être

Sous la contrainte, on ne peut pas se permettre de perdre du temps à trier ses sujets pour n’écrire qu’à propos des plus prometteurs. Un sujet, une histoire ! Sous pression, j’ai appris que ce sont parfois les idées les moins intéressantes qui s’avèrent fournir les meilleures histoires. C’est dans l’environnement le moins confortable que l’on doit le plus faire travailler son imagination… et c’est de là que les surprises peuvent naître.

Le travail à fournir suffisamment important que pour éviter de s’en rajouter

Au départ je voulais, chaque semaine, écrire une nouvelle, la traduire en anglais, l’enregistrer en lecture audio et créer une couverture originale. On m’a vite fait comprendre que cela serait impossible, à raison.

Se lancer dans un tel projet d’écriture, c’est déjà viser grand. Se rajouter des contraintes pourrait mener à de mauvaises surprises.

Ce que le projet a permis

Outre les éléments plutôt « techniques » que j’ai cités plus haut, le projet m’a donné l’opportunité de participer à un salon du livre, à rencontrer (numériquement) certains d’entre vous. J’ai aussi découvert des artistes et profité des licences libres de leurs oeuvres pour en créer une adaptation. Le Libre crée du lien ! Certains textes ont aussi donné lieu à une sollicitation extérieure… dont j’espère vous reparler bientôt.

En termes de confiance, le projet m’a fait progresser d’un bon de géant. J’ai encore énormément à apprendre, mais dans tous les cas, j’aurai *au moins* fait ça, j’aurai achevé une oeuvre. Le sentiment d’accomplissement qui résulte d’une telle aventure est phénoménal.

Disposant désormais de beaucoup de matière, contrairement à l’année dernière, je peux maintenant avec plus d’aisance me sentir auteur et le faire valoir. J’ai continué, au long de l’année, à promouvoir mes textes, à en parler sur les réseaux, … mais pas depuis une source vide. À vivre, c’est très différent.

Et maintenant ?

Il me reste une dernière chose à faire à propos du projet Horizons parallèles : publier, sous forme de recueil papier, les meilleures des cinquante-deux nouvelles de l’année. Je suis actuellement en train de le préparer, j’espère le faire paraître cet automne.

Pourquoi pas une intégrale du projet ? me demanderez-vous peut-être. Parce que je voudrais créer à propos du projet Horizons parallèles un objet unique, un livre qui soit beau, de bonne qualité, et qui rassemble uniquement le meilleur. Je préfère concevoir, faire fabriquer et vous vendre un recueil de bonne facture, un beau livre, plutôt qu’une intérgrale en quatre volumes imprimés sur du papier de mauvaise qualité à l’autre bout du monde.

Le recueil comportera les meilleures nouvelles (au moins vingt !) ainsi que des surprises inédites destinées à faire de ce livre un objet unique, à part, et pas une simple reproduction des textes lisibles et téléchargeables en ligne. J’ai hâte de vous le proposer sur la boutique !

Sur la boutique, vous pourrez trouver des impressions artisanales (sérigraphiées) ainsi que des livres cousus à la main. Dans les prochaines semaines, j’y lancerai aussi la précommande du recueil Horizons parallèles. Si vous souhaitez recevoir dans votre boîte mail un avis lors de cette parution, il suffit de vous inscrire à ma newsletter en remplissant ce formulaire. Vous pouvez aussi suivre le hashtag #HorizonsParallèles sur les réseaux.

À vous tous…

Avez-vous lu les textes des Horizons parallèles ? certains, tous ? Qu’attendez-vous du recueil ?

Quelles sont les nouvelles qui vous semblent indispensables ? Faites-moi parvenir leur titre ou toute autre remarque/suggestion en commentaire.

La suite arrive.

Photo by Will van Wingerden on Unsplash

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