Auteurs, redéfinir l’indépendance

Dans un article publié il y a quelques mois, j’avais défini l’indépendance d’un auteur comme la prise en charge par lui-même d’au moins une tâche d’ordinaire confiée à l’éditeur : édition, impression, diffusion.

J’affine aujourd’hui mon propos grâce à deux nuances.

1. Réduire l’écart entre l’auteur et son public

La réduction du nombre d’intermédiaires entre l’auteur d’une histoire et le public auquel il se destine constitue un point essentiel de la démarche d’auteur indépendant, selon moi. C’est dans cet objectif que l’on remplace une ou des tâches réservées à l’éditeur. L’auteur indépendant, même numérique, est un artisan. Il écrit, laisse des coquilles, invite à visiter son site personnel. Il achète son nom de domaine, répond lui-même à ses mails, et traîne sur les réseaux sociaux.

Avec l’écriture indépendante, l’auteur a plus d’emprise sur le côté humain de ses productions, qu’elles soient gratuites ou payantes, physiques ou numériques.

2. Garder le contrôle

Jusqu’où doit-on aller ? m’a-t-on demandé. Il serait, dit-on, vain de chercher l’indépendance absolue. Mes collègues auteurs n’y vont pas toujours de main morte avec la notion d’indépendance. Pour certains, elle serait une illusion car, après tout, on dépendra toujours de quelqu’un ou de quelque chose… Tu écris à l’ordinateur ? Dépendance envers la machine. Au stylo ? Dépendance envers le papier. Tu écris une pièce de théâtre ? Dépendance envers le style d’écriture exigé.

Mais la recherche d’indépendance ne consiste pas à se détacher de toute forme de dépendance. Il s’agit plutôt de garder le contrôle de différentes phases de création, et de ne pas se sentir entravé par quelque instance que ce soit, physique, logicielle, institutionnelle ou commerciale.

Quand je propose d’utiliser Libre Office à la place de Microsoft Word, il ne s’agit pas de perdre sa dépendance vis-à-vis d’un logiciel de traitement de texte. Il s’agit de prendre conscience que de publier au format « .doc » oblige les lecteurs soit à se procurer MS Word, un logiciel payant, soit à le pirater, ce qui est illégal. Quand je propose Ubuntu au lieu de Windows, je ne prétends pas non plus gagner en dépendance vis-à-vis de la machine. J’informe juste les gens de la possibilité d’utiliser un système qu’ils pourraient éventuellement juger plus confortable, gratuitement. Quand je mets en garde vis-à-vis d’Amazon, c’est pour lutter contre les barrières qu’ils se permettent de mettre entre l’auteur et son public, sous couvert d’une visibilité particulièrement attrayante (gratuité difficilement paramétrable, récolte de données monstre, exclusivité de certains textes, censure, …).

Que celui qui se considère parfaitement en accord avec son mode de fonctionnement Windows-Word-Amazon se rassure : pour peu qu’il ne se sente freiné dans sa création en aucune façon, il est bien, à mon sens, indépendant (et s’il l’est vraiment, il se fiche bien de savoir ce que j’en pense… et il a amplement raison).

Redéfinir l’indépendance

Aujourd’hui, j’aurais donc tendance à définir l’indépendance en écriture comme suit. Cela n’engage que moi, cela n’est ni vrai ni faux (comme toute définition, d’ailleurs) et cela est susceptible de changer. Heureusement.

Un auteur indépendant est un auteur qui cherche à effectuer lui-même un certain nombre de tâches réservées aux métiers de l’édition dans le circuit traditionnel, de façon à réduire le nombre d’intermédiaires entre son public et lui. Il tient ainsi à conserver un important degré de contrôle des différentes phases de création et de diffusion de son œuvre, et s’attache à utiliser des outils susceptibles d’entraver cette création le moins possible.

2 réponses sur “Auteurs, redéfinir l’indépendance”

  1. Merci pour cette définition de l’indépendance chez l’auteur qui me plaît assez~ je n’ai pas encore fait le saut de l’auto-édition mais j’apprécie la proximité des lecteurs qui se manifestent sur mes oeuvres publiées sur les plateformes dédiées. C’est un vrai moteur d’écriture.

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